Dobri Jotev

(1921 - 1997) 

              Dobri Jotev est l'une des figures de la poésie bulgare moderne. Il entraîna, dans son sillage, une pléiade de jeunes poètes qu'il inspira et encouragea tout au long de la seconde moitié du XXe siècle.

 

Né dans un petit village des alentours de Pernik[1], il fit ses études à Sofia. Il adhéra aux idées communistes, ce qui lui valut, en 1942, une condamnation à 15 ans d'emprisonnement en vertu de la "loi de protection de l'Etat"[2]. Dobri Jotev réussit à s'évader de prison pour rejoindre le mouvement de résistance communiste.

 

Après la Seconde guerre mondiale, il travailla aux éditions "Narodna Mladej" ("Jeunesse populaire") où il contribua, par ses conseils éclairés et son soutien attentionné, à la révélation d'une myriade de jeunes écrivains. Il collabora également au journal satirique "Starchel" (Frelon).

 

Ses premiers recueils de poèmes, "Soif" et "Vents impétueux", parurent dans les années 1950 et furent suivis d'une multitude d'autres : "A l'appel de l'aube", "Cris", "Soleils amoureux", "Premiers pas", "Sur les routes", etc.

 

Poèmes d'amour, poésies pour enfants, contes philosophiques, récits, drames, pamphlets, il s'essaya dans presque tous les genres littéraires. Son œuvre poétique s'articule autour d'une recherche des éléments païens, survivances des croyances des Slaves et des Protobulgares qui, cristallisés dans les célébrations et les pratiques chrétiennes, avaient constitué l'un des traits originaux de la culture bulgare. Ce retour aux sources les plus anciennes de la spiritualité du peuple bulgare nourrit ses méditations et stimula sa créativité. Ses poèmes s'inspirent des traditions de la poésie orale dont ils épurent la forme, dynamisent les rythmes et les jeux de rimes pour esquisser, d'un trait rapide, des paysages typiques et dépeindre l'atmosphère des campagnes et des villes bulgares.

 

Les poèmes présentés ci-dessous sont extraits des recueils "Premiers pas" et "Soleils amoureux".


 

[1] Pernik : ville située à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Sofia

[2] Loi de protection de l'Etat : votée en 1924, au moment où le pays traversait une crise économique et souffrait d'une polarisation accentuée de la vie politique, elle avait pour but  de "consolider l'ordre public" et fut largement utilisée notamment contre le mouvement communiste.

 

 

Aquarelle

Le vent

matinal

frémit

dans

les feuillages.

 

Deux

tourterelles

roucoulent

sous

l'œil doux

d'un nuage.

 

Un rameau

les berce,

perlé

de rosée.

 

Les rayons

dorés

du soleil

levant

embrasent

le petit

bosquet.

 

Deux

tourterelles

roucoulent

et voilà

c'est tout.

 

           

 

Confidences

 

Comme un soleil dans un désert glacé,

comme un orage d'été dans un vallon étroit

tu viens vers moi et, le souffle coupé,

assoiffé, je t'accueille dans mes bras.

 

Un  tourbillon de désir nous emporte

là où tout est fougue et émoi

Qui a dit que dans une vie

on peut aimer une deuxième,

une troisième, une quatrième fois ?

 

Non ! Ce n'est pas vrai, ce n'est pas vrai !

Je ne suis pas ton deuxième amour,

tu n'es pas ma troisième bien-aimée.

 

Tout amour brûle d'une flamme

qui n'a encore jamais brûlé,

Il brille d'une lumière

qui n'a encore jamais brillé.

Tout amour est un air

que personne n'a encore joué.

Tout amour est un chemin

que personne n'a encore emprunté.

Une vérité nouvelle, un monde sans pareil.

 

Allons, marchons, marchons, marchons.

Les horizons s'embrasent et nous appellent

Vers ce chemin tout neuf et lointain.

 

Mon amour, généreux et unique,

Mon premier amour

 

Réponse

 

- Pourquoi tu m'aimes ?

- Demande à la rivière

pourquoi elle court

toujours vers la mer,

pourquoi elle se jette 

dans ses eaux.

Demande à la rivière

 

- Pourquoi tu m'aimes ?

- Demande à la Lune

pourquoi elle tourne

autour de la Terre,

pourquoi elle reste        

toujours à côté d'elle.

Demande à la Lune

 

Les Corbeaux

 

Blanche

est notre maison,

la grange

et la cour.

Blanches

sont les meules

de foin.

Blancs

sont les champs

et même le Balkan.

 

Noirs, tout noirs,

sont seuls

les corbeaux

qui tournoient

en nuées

là-bas

dans la vallée.

 

 

Ils tournoient,

les ailes déployées,

au-dessus

des fourrés,

des rivières

et des champs

tout blancs.

 

Ils tournoient

en cherchant

vainement

un petit coin noir

pour se poser.

 

  Traduit du bulgare par Ralitsa Mihailova-Frison-Roche

 

Back


1998-2014 OMDA Ltd.